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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 11:40

LE  POINT DE VUE  DE 

MARIA JOAO SANDE LEMOS,

MEMBRE  DE  L’ATELIER AFRIQUE.

 

05-Maria-Joao-Sande-Lemos.JPGNée au Mozambique, Maria Joao Sande Lemos est retournée au Portugal à 18 ans, en 1960. Son père était fonctionnaire du Gouvernement Portugais.

Fondatrice du Parti Social Démocrate Portugais où elle a milité avec enthousiasme de 1974 à 1999,

engagée dans la promotion de la Condition Féminine au Portugal,

membre de la Délégation Gouvernementale Portugaise à la Conférence des Nations Unies pour la Décade de la Femme à Copenhague en juin 1980 et aussi à la IV Conférence des Nations Unies sur les Femmes à Pékin en Septembre 1995,

membre d’Amnesty International - Section Portugaise,

membre Fondateur de L'Association "Tratado de Simulambuco - Maison du Cabinda".

En septembre 1992, elle est observatrice internationale aux élections de la Republica Popular de Angola.

 

En juin 1994, elle est invitée comme observatrice internationale aux élections en Guinée-Bissau.

En octobre 1994, elle est invitée au Mozambique.

Elle participe au Forum Portugais pour la Paix et la Démocratie en Angola.

Nombreux voyages en Angola (Luanda et province) : invitée aux Congrès des partis de l'opposition angolaise.

 

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Un des plus grands défis, pour les sociétés africaines en quête de la démocratie comme système de gouvernement participatif et représentatif, est la formation et la consolidation de l’espace de la société civile. C’est dans cet espace que la citoyenneté, organisée et indépendante de l’état, établit des institutions et permet aux individus de pouvoir faire la médiation des relations et des conflits entre la société, l´électorat et le gouvernement comme groupe élu pour représenter l’état. En outre, c’est dans l’autonomie de cet espace que le citoyen peut et a le pouvoir de surveiller les actions du gouvernement et d’exercer sur lui une pression par la reddition des comptes. 

Le concept de société civile exige avant tout une rapide observation. Un académicien africain de grande renommée, Achille Mbembe cautionne l’utilisation du terme. Pour lui, la société civile ne doit pas être confondue avec la simple existence d’associations autonomes, hors du contrôle étatique, ni avec la société en général. Mbembe argumente que la société civile émerge et agit dans un cadre où les institutions publiques sont autonomes, et dotées de capacité et d’autorité pour faire appliquer les « checks and balances » dans le système de gouvernement. C’est dans ce cadre que la société civile peut effectivement exercer son rôle d’intermédiaire entre l’état et la société.

 

Comment contribuer alors à ce désir dans les démocraties émergentes d’Afrique, où l’autoritarisme des leaderships politiques, dans le cas de l’Angola, du Zimbabwe, de la Guinée-Bissau, de la Guinée Équatoriale, du Gabon, etc., maintient l’atrophie des institutions publiques et démoralise la capacité du citoyen à revendiquer effectivement des changements ? Comment caractériser la société civile de ces pays, quand les oppositions politiques sont bâillonnées, violentées, corrompues ou cooptées au point de les rendre insignifiantes ou de les faire devenir partie du système et du problème ?

 

L’histoire nous donne une leçon importante. Le processus d’indépendance en Afrique a été dû en partie à l’avènement de leaderships politiques nationalistes qui ont galvanisé leurs peuples et le continent sur l’idéal de l’autodétermination. Cabral, Nkrumah, Kenyatta, Nyerere et Senghor sont quelques noms parmi les principaux ayant donné corps au rachat de la conscience africaine, affirmant de forme éloquente leur place dans l’histoire universelle. Au cours de cette période, des mouvements de solidarité provenant de différents quadrants du monde se sont organisés afin d’appuyer l’autodétermination des Africains.

 

Le processus de démocratisation est toutefois tâché d’ironies. Une grande partie des leaders africains a choisi d’abandonner les principaux engagements du nationalisme qui consistaient en une lutte contre l’ignorance, la pauvreté et les maladies, au profit de l’arbitraire du pouvoir et du culte de la personnalité. En échange des ressources, l’occident garantit désormais la sécurité de ces régimes, comme dans les cas du Zaïre de Mobutu, du Gabon de Bongo, etc. La période de démocratisation est devenue la période de l’imposition, à partir de l’occident, de programmes d’ajustement structurel qui ont mené à l’aggravation de plusieurs économies africaines et à la consolidation des politiques de contraintes. Un des secteurs où cette politique est marquante est celui de l’appui à la société civile. Dans la plupart des cas ce sont les donateurs internationaux qui déterminent les agendas des groupes sociaux dans les pays auxquels ils offrent les fonds.

 

En principe, la solidarité a fait place de forme institutionnelle à l’organisation de ce qui est aujourd’hui appelé l’industrie humanitaire. Les organisations nationales, pour des raisons financières, dépendent soit de l’extérieur soit des propres gouvernements qu’elles cherchent à surveiller, par manque d’autres mécanismes de création de revenus.

 

Ainsi, il est fondamental de rétablir le principe de solidarité, d’appui aux leaderships civiques proactifs qui se manifestent de forme claire et organisée par l’autonomie des institutions publiques comme condition préalable pour le développement des secteurs intermédiaires de la société. L’autonomie de ces leaderships, par rapport aux agendas externes, doit être garantie sans équivoque, en respectant leur droit de demander de leur propre initiative la solidarité civique et l’assistance matérielle en fonction de leurs propres idées, priorités et formes urbaines d’organisation et d’action civique.

 

Maria Joao Sande Lemos

 

 

 

 

 

DE LA DÉMOCRATIE EN AFRIQUE, Achille Mbembe s’exprime au “Courrier International”

 

Extrait :

 

Les grandes puissances font-elles tout leur possible pour empêcher la démocratisation de l’Afrique ?

La France, oui. Elle est un vrai facteur de nuisance et il faut souhaiter que faute de réformer radicalement sa politique africaine, elle se désengage véritablement du Continent.

Les autres (les États-Unis notamment) ne s’y opposent peut-être pas activement. Cynisme et hypocrisie suffisent largement – encore que de nombreuses institutions privées américaines apportent une aide multiforme à la consolidation des sociétés civiles africaines. C’est par exemple le cas des nombreuses fondations américaines.

Ceci dit, si les Africains veulent la démocratie, c’est à eux d’en payer le prix. Personne ne le paiera à leur place. Ils ne l’obtiendront pas non plus à crédit. Ils auront néanmoins besoin de s’appuyer sur de nouveaux réseaux de solidarité internationale, une grande coalition morale en dehors des États - pas la coalition des faiseurs de charité, mais celle de tous ceux qui croient que sans sa part africaine, notre monde décidément sera plus pauvre encore en esprit et en humanité.

 

Achille Mbembe interviewé par Pierre Cherruau. Courrier International du 27 juin 2008

 

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1. Achille Mbembe est né au Cameroun en 1957.  Ancien jéciste.  Reconnu comme l'un des plus grands théoriciens actuels du post-colonialisme, Il est intervenu dans de nombreuses universités et institutions américaines dont l’université Columbia de New York, la Brookings Institution de Washington, l'université de Pennsylvanie, l'université de Californie, Berkeley, l’université Yale mais aussi au Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (Codesria) à Dakar au Sénégal. Il est actuellement membre de l'équipe du Wits Institute for Social & Economic Research (WISER) de l'Université du Witwatersrand de Johannesburg en Afrique du Sud. Ses principaux centres d'intérêts sont l'histoire de l'Afrique, la politique africaine et les sciences sociales.

 

 

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Octobre 2009,


Les associations de la Coalition Publiez Ce Que Vous Payez – France, se retrouvent à Paris, au Secours Catholique, rue du Bac, avec Marou Amadou et Ali Idrissa, tous deux membres de la coalition PCQVP – Niger.

Marou a été arrêté et incarcéré le 10 août pour les positions qu'il avait prises en tant que Président du Fusad sur le coup d'état constitutionnel. Il a été mis en liberté provisoire après cinq semaines d'incarcération et vient quelques jours en France et en Belgique. C'est l'opportunité pour nous de rencontrer ces deux militants.


Je suis allé à cette rencontre avec camescope et appareil photo. Mais en les entendant et en comprenant ce qui se passe au Niger, je me dis : « Vaut mieux ne pas sortir mes appareils. Mettre Marou et Ali sur internet, c’est les exposer un peu plus ».

Je leur pose tout de même la question :

- « Il vaut mieux éviter les photos et les interviews sur internet ? ».

Mais, surprise :

« Non, au contraire. Vous pouvez filmer, faire connaitre notre combat. Nous voulons vivre. Nous n’avons pas peur. Nous voulons une meilleure répartition des richesses, nous voulons un peu plus de démocratie. Pourquoi avoir peur ? Nous ne pouvons pas vivre dans la peur. Soutenez nous. »


Gérard Warenghem

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